Blog - Se comparer au poker: est-ce EV+ ?

Par Charlie R.
le 29 mai 2018 à 12:32

Se comparer au poker : est-ce EV + ?

Le poker est un jeu où le but est d’éliminer l’autre. C’est un combat où un seul sort vainqueur. On essaie le plus souvent que ce soit nous mais nos erreurs et la variance font que la défaite est une donnée que nous devons accepter. A court ou long terme, on trouve donc toujours meilleur que soi et notre réaction lorsque cela arrive en dit long sur notre caractère.

« S’il est meilleur, c’est que c’est truqué. »

« S’il est meilleur, c’est qu’il a de la chance. »

« S’il est meilleur, c’est parce qu’il a un don. »

C’est le genre de phrases que vous pourriez dire (ou penser) ? Ce qui va suivre pourrait alors vous intéresser.

On l’a tous déjà fait : se comparer aux autres est une tendance spontanée dans tous les domaines et a fortiori au poker. Vous pensez mettre toutes les chances de votre côté et pourtant, vous avez l’impression que d’autres gagnent plus ou plus vite que vous, avec moins de sérieux ou d’investissement personnel. On regarde volontiers les stats et le sharkscope de ses adversaires pour connaitre leurs profils et adopter la bonne stratégie. La tentation est grande de s’en servir ensuite pour se comparer à eux. Malheureusement cette comparaison peut devenir un poison psychique, un vrai venin émotionnel. Alors « A bas la comparaison » ! Exit les analogies, fini les rivalités ?

Comparaison n’est pas raison ! Jamais une comparaison ne fera office de preuve car une comparaison a des limites. Toute comparaison est subjective : On ne compare qu’à partir de son point de vue, ses objectifs, ses connaissances, sa situation. Pour reprendre une image chère à YoH, on ne voit que la face visible de l’iceberg.

Iceberg Yoh

1- Toute comparaison dépend de vos objectifs : Il est inutile de vous comparer avec quelqu’un qui n’a pas les mêmes objectifs que vous. Ainsi quelqu’un qui joue de manière récréative peut très bien avoir de la chance sur un tournoi mais ne pas chercher à améliorer son jeu sur le long terme. C’est son droit ! Peut-être croit-il dur comme fer à ses mains alors qu’une quinte se dessine sur le board… Vous n’êtes pas « dans ses chaussures » comme disent les anglais et c’est vain de se comparer si ce n’est pour en apprendre davantage sur son jeu.

2- Votre comparaison peut être irrationnelle car le résultat de biais cognitifs comme le biais d’immunité à l’erreur (ne pas voir ses propres erreurs), ou le biais d’égocentrisme (se juger sous un meilleur jour qu’en réalité) ou le biais d’auto-complaisance (s’attribuer les mérites mais les échecs à des facteurs extérieurs) ou l'effet Dunning-Kruger  les personnes les moins compétentes ont tendance à surestimer leurs compétences et les plus compétentes à les sous-estimer.).  Vous ne comprenez pas le move de villain qui finit par chatter une couleur runner runner, peut-être qu’un peu plus de connaissances sur les bons sizing vous aurez évité cette déconvenue. Peut-être aurait-il fold plus tôt si vous n’aviez pas slow play votre main …

3- Votre comparaison dépend de votre situation. Vous jouez dans certaines conditions dont vous ne tenez pas forcément compte quand vous vous comparez : une certaine bankroll, certaines horaires (après une journée de travail), un certain équipement… Vous commencez à être sensibilisé à cela avec les conseils des coachs : tous les détails comptent ! Quelqu’un peut très bien avoir moins de connaissances techniques que vous mais davantage de self control face aux bad beat, ou bien moins peur de prendre des risques. C’est pour cela que vous devez être soucieux de tous les paramètres que vous pouvez optimiser pour améliorer votre grind.

Alors on pourrait terminer l’article ainsi « Cessez de vous comparer, le seul à battre c’est vous-mêmes ! » ou toute autre phrase bien-pensante de psychologie de comptoir. Mais ce serait trop facile et même un très mauvais conseil. Je m’explique : décider de ne plus vous évaluer est carrément une mauvaise idée. Comme le dit Yves-Alexandre Thalmann dans Comparez-vous et vous serez heureux, « vouloir lutter contre une inclinaison aussi naturelle est, selon lui, tout à fait absurde, en tout cas aussi peu réaliste que de vouloir s’empêcher de penser ». Pour le psychologue, c’est donc un fait : « si notre cerveau met constamment en rapport des concepts et des idées, c’est pour mieux apprendre et mieux raisonner. Alors, pourquoi tenir absolument à l’éviter ? »

Se comparer ne serait donc pas si préjudiciable qu’on le prétend ? A quelles conditions une bonne comparaison permettrait-elle de progresser au poker ?

1- Ne pas toujours se référer à des personnes mieux loties que soi. En effet, s’il est certain que se soumettre en permanence à des comparaisons « défavorables » ou « ascendantes » contribue à assombrir l’humeur, procéder à des comparaisons « positives » favorise, au contraire, une réelle satisfaction, et donc une bien meilleure estime de soi. Si vous ne regardez les courbes que des joueurs en good run, vous risquez de vous démotiver. En revanche, vous comparer à ceux qui réussissent moins bien que vous, peut vous permettre de relativiser.

Ce que formulait déjà, en son temps, Talleyrand, qui, il y a près de deux cents ans, observait : « Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console » !

2- Identifiez les moments où vous vous comparez aux autres : est-ce systématiquement lorsque vous venez de bust sur un bad beat, de bad run pendant quelques jours ? Si c’est le cas, vous voyez bien que cela ne fait que vous accablez davantage et la vision de votre jeu et de vous-même ne peut qu’être biaisée dans ces circonstances.

3- Fixez vous des objectifs réalisables et surveillez vos progrès : vous ne pourrez réellement vous comparer aux autres que si vous avez une idée de votre propre parcours. Et souvent, on ne fait pas suffisamment ce travail qui consiste à traquer ses leaks, ses erreurs récurrentes qui font parfois toute la différence mais aussi de définir précisément ce que l’on veut réaliser. Ex : je me donne comme objectif de faire un certain volume qui me permettra d’évaluer correctement mon niveau.

4- Avant de se comparer, apprendre ! Plus on a de connaissances dans un domaine, moins on est enclin à faire des comparaisons hâtives. Vous ne pourrez apprécier réellement une situation qu’en ayant dans le domaine une solide culture. Et au poker, on n’a jamais fini de se former …

5- Apprenez à apprécier les autres au lieu de les envier : se comparer, c’est aussi s’apporter mutuellement. Ainsi on dit souvent qu’on est la somme des 5 personnes qu’on fréquente le plus. Entourez-vous et suivez des personnes inspirantes, dynamiques et motivantes. La bonne comparaison, c’est aussi en voyant les autres, se dire que c’est possible, c’est une aide à la visualisation. Et c’est valable dans les deux sens : vous pouvez être le moteur de quelqu’un d’autre. Aider et apprendre à quelqu’un, c’est s’assurer de maîtriser ce dont on parle. Regardez les mains des autres joueurs ou des coachs, les réussites comme les erreurs, ne sert pas à vous comparer de manière stérile mais vous permet de vous-même progresser.

Se comparer au poker est-ce EV + ?

Oui si cela permet de vous challenger, de vous motiver, d’apprendre sur les autres et sur vous-même.

Non si c’est de la mauvaise foi ou de fausses excuses qui n’ont pour effet que de vous rabaisser, vous plaindre de la malchance et finalement freiner votre progression.

Se comparer, c’est accepter de se remettre en question. C’est difficile d’admettre de ne pas être aussi bon que le voisin, mais bien souvent c’est l’étape INDISPENSABLE pour espérer s’améliorer un jour ou l’autre.

Ainsi si vous vous êtes reconnu dans les phrases au début de l’article, peut-être devriez-vous songer à utiliser l’une des phrases suivantes à la place :

-« Etant donné qu’il est meilleur, je ferais mieux de lui demander conseil. »

-« S’il est meilleur, peut-être que je ne fais pas le nécessaire pour le rattraper ou le dépasser. »

-« S’il est meilleur, je ferais mieux de m’en inspirer. »

Peace ;)




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