Blog - Récit de Jonathan Salamon : partie 2 Rentrer dans l'action.

Par Jonathan Salamon
le 27 août 2017 à 17:38
Tags : récit  grind  aventure  peur 

Je ne sais pas si vous avez déjà vu cette vidéo de Will Smith qui raconte l’histoire du saut en parachute qu’il organise un soir de cuite avec ses potes. Ils sont tous complètement bourrés et se lancent le défi comme ça, sur un coup de tête. Un peu plus tard, Will Smith rentre chez lui, décuve, et commence à réaliser dans quoi il s’est engagé. Il flippe. Il passe la pire nuit de sa vie, et le lendemain, à son grand désespoir, tout le monde est là au rendez-vous. Il ne peut plus reculer désormais. Il entre dans l’avion en tremblant, monte à 4000 mètres, la porte s’ouvre, il est terrifié. Son moniteur l’approche du bord, il a le bout des chaussures dans le vide, et en bas, c’est la mort.

D’un coup, on le pousse.

Et à la seconde même où il est dans le vide, il réalise que c’est l’expérience la plus incroyable de toute sa vie. Il n’y a plus aucune peur. Il n’y a plus que du plaisir. Le pur plaisir de voler. Ca ne dure qu’une minute, mais c’est une minute exceptionnelle. Il retourne sur terre, extatique. 

Et quelques heures plus tard, quand l’émotion retombe enfin, il prend un peu de recul et s’interroge. Pourquoi étais-je si terrifié la veille dans mon lit ? Pourquoi étais-je tremblant en montant dans l’avion ? Pourquoi le moment où j’aurais du avoir le plus peur, celui où j’étais le plus en danger, était le moment où précisément toute peur a disparu ? Et il en vient à cette conclusion :

Dieu a placé les plus belles choses de la vie de l’autre côté de la peur.

Cette vidéo m’est revenue ce matin en préparant mon article. Je repensais aux derniers moments de ma vie d’architecte, et à la peur qui m’assaillait alors au moment de faire le grand saut. Je me souviens des adieux à mes collègues. Je serrais des mains, faisais des bises pour la dernière fois, en me demandant si je n’étais pas entrain de faire une connerie monumentale.

Est-ce que je vais réussir ? Est-ce le meilleur choix ? Est-ce que je n’aurais pas du tenter ça plus tard ? Est-ce qu’il est encore possible de vivre du poker en 2017 ? Est-ce que c’est sérieux de faire tout ça à l’aube de mes trente ans ?

Je ne peux pas vraiment dire comme Will Smith que toute peur a disparu à l’instant où j’ai sauté le pas.  Un mois plus tard, il en reste évidemment encore un peu, en toile de fond, diffuse. Ce que je peux dire en revanche, c’est que la plupart des peurs enflent démesurément tant qu’on a rien fait, mais qu’elles reprennent leur juste place à l’instant où l’on rentre dans l’action.

« Est-ce que je vais réussir ?» est peut-être paralysant tant qu’on a pas encore tenté sa chance, mais n’a plus vraiment d’intérêt quand on s’est fait 3bet trois fois de suite par MValbuena, ce c… de reg qui me casse les c.. à chaque fois que j’ouvre des mains moyennes. D’autres questions deviennent autrement plus pertinentes :

  • Est-ce que je devrais payer un peu plus large ?
  • Est-ce que je devrais créer une range de 4bet light, et si oui, laquelle ?
  • Est-ce que je dois juste attendre de recevoir une bonne main et l’attraper ?

Et vous admettrez que ces questions là sont quand même nettement moins angoissantes. (Dans l’hypothèse évidemment où vous savez ce qu’est une range de 4bet light ) (Mais d’ailleurs si vous ne savez pas, que faîtes-vous ici ? Maman, c’est toi ?)

Mon saut en parachute a donc été assez différent de ce que j’avais imaginé : je me suis mis au travail tout de suite, avec sérieux et application. Six mois pour redevenir pro de poker, c’est court, surtout au point où j’ai repris le poker.

Au début du mois d’aout, je suis breakeven (ni gagnant ni perdant) sur une dizaine de milliers de mains en NL25. Complètement déshabitué au jeu sur internet, j’ai du mal à faire durer mes sessions plus d’une heure, et encore plus à rester concentré sur quatre tables en même temps. J’ai tendance à tilter rapidement et gâcher en quelques heures plusieurs jours de grind.

juin/juillet. On voit bien les gros swings de tilts, à 900, 3000  et 8500 mains.

juin/juillet. On voit bien les gros swings de tilts, à 900, 3000  et 8500 mains.

En regardant mon tracker (le logiciel qui permet de garder en mémoire les mains jouées et produire le genre de graphique que vous voyez juste au dessus) sur cette période, je constate que mon jeu est bourré de leaks (défauts) assez profonds. Ranges préflop flottantes. Erreurs de sizings. Jeu trop large. Incompréhension totale des thinking process (manières de penser) de mes adversaires m’entrainant à jouer des mains d’une façon totalement fantasque. 

Lol.

Au moment où j’entame mon défi, je suis donc clairement ce qu’on appelle un regfish (mauvais régulier) de la NL25. Il doit y avoir une petite pastille verte au dessus de mon pseudo chez la plupart des habitués du site. Mais ça ne saurait durer, car 1° j’en suis conscient 2° je suis déterminé à changer les choses et je bosse, non seulement avec mon groupe de travail online constitué de quelques joueurs de cash game comme moi, mais aussi avec un coach mental qui me donne des clés pour tilter moins, et évidemment enfin, avec Yoh Viral.

Tous les matins, je prends l’habitude de petit-déjeuner une vidéo de son site en même temps que mes céréales, et au fur et à mesure des jours, je me sens moins perdu dans certains spots. Je comprends de mieux en mieux les actions mystérieuses de mes adversaires. Face aux donk bets et autres check minraises de ces petits farceurs, je suis désormais de plus en plus capable de comprendre ce qu’il se passe et donc de m’adapter. Quant aux réguliers, j’arrive enfin à distinguer ce qui crushent (dominent les tables) des autres, ce qui est plutôt une bonne nouvelle, puisqu’auparavant, tous me semblaient crusher bien plus que moi…

Parallèlement à cela, j’ai une première session de coaching avec Yoh qui insiste sur les conseils logistiques, plutôt que techniques, pour battre la NL25 : augmenter drastiquement mon volume de jeu, et acheter un deuxième écran. Jusqu’à ce moment, je jouais les yeux presque collés à mon petit Macbook. Le fait de désormais m’installer sur un vrai bureau et d’y voir clair me permet de monter progressivement à 6 tables. Mon jeu se stabilise. Je ne gagne pas encore vraiment ( je ne suis pas spécialement chanceux) mais au moins j’ai arrêté de swinguer dans tous les sens. Les leaks les plus grossiers de mon jeu ont été corrigés.

1er au 6 aout

 

Le stage à Malte arrive à point nommé.  Je passe la semaine en compagnie de huit autres stagiaires aux profils très différents (reg de casino, reg de cash online, joueur de MTT…), mais tous réunis avec un objectif commun : franchir un cap.  

Durant cette semaine de travail, j’éclaircis principalement trois points :

  • Techniquement tout d’abord. J’adopte un tas de petits ajustements : jouer plus serré en small blind, changer mes ranges de 3bet, travailler mes sizings en value (inclure des overbets, ô sacrilège !) et surtout, m’interroger en permanence sur la raison pour laquelle je mise. Ce dernier point, finalement assez simple, est celui qui a le plus d’impact sur mon jeu. Je réalise que je suis bourré d’automatismes et que je fais énormément d’actions juste par habitude, ou parce que je n’ai pas envie de me retrouver dans des spots compliqués, un peu comme quelqu’un qui prendrait tous les jours la même route par confort, alors que d’autres chemins sont plus rapides.
  • Structurellement, je constate que les conditions dans lesquelles on devient pro sont presque aussi importantes que le travail sur le jeu lui même. En écoutant l’histoire de Yoh et d’Erwann Pêcheux, je réalise que la plupart des joueurs qui ont réussi se sont créés une structure de vie qui a favorisé leur succès. Tous ou presque sont les anciens colocs/amis d’autres pros qui ont mangé, dormi, vécu poker pendant des années ce qui leur a permis indépendamment de leurs autres choix de vie de rester dans une dynamique très favorable au travail et à l’apprentissage. Rares sont les loups solitaires dans mon genre qui ont pu percer dans leur coin.  Par extension, je réalise que même si le projet était beau et plein de panache, le World Poker Trip avait peu de chance de faire de moi un pro tant les handicaps que je me mettais, à savoir l’impossibilité à jouer de manière régulière, les frais conséquents, l’instabilité permanente et la fatigue accumulée du voyage me mettaient des bâtons dans les roues.
  • Stratégiquement enfin, cette semaine me permet d’établir une feuille de route plus claire. Je suis arrivé à Malte avec la motivation, certes, mais aucune idée de comment réaliser concrètement mon challenge. J’avais envie d’intégrer du live très vite, probablement par impatience, mais Yoh m’a convaincu de ne pas brûler les étapes, et d’adopter un bankroll management (gestion de capital) raisonnable. A l’issue du stage, je vois parfaitement les différents paliers de mon chemin, de la NL25 online à la NL500 du casino de Lille, Saint Graal ultime…

A mon retour de Malte, ma copine me fait remarquer que je suis encore plus blanc que quand j’en suis parti. Certes ma chérie, ayant passé la semaine devant mon ordinateur dans une salle de réunion, j’avais peu de chance de revenir bronzé. En revanche, je peux t’affirmer que tu as devant toi un joueur de poker bien plus solide qu’auparavant, et ça, je ne crois pas que tu puisses y être insensible…

Durant les dix jours qui suivent, je me sens incroyablement en confiance. J’ai l’impression que mon jeu s’est densifié, que je sais pourquoi je fais les choses. Les spots nouveaux induits par mes ajustements et qui me sortaient de ma zone de confort commencent à devenir plus familiers, et je comprends la pertinence des changements que j’ai effectués, notamment au point de vue de l’équilibrage de mes ranges. Je sens que je pose plus de problème aux regs, que je suis moins exploitable (même MValbuena semble moins dur à jouer ! ), et évidemment, en bonus, je marche sur l’eau et rattrape petit à petit la variance qui me posait des problèmes jusqu’à maintenant…

 

 

13 au 21 août, de retour de Malte

Une semaine après mon retour de Malte, je fais une session de travail avec mon coach mental avec lequel je discute du fait que je me sens extrêmement bien, concentré sur mon travail, avec en plus des résultats probants. Et là, ironie du sort, c’est le drame…

On étudie le jeu. On regarde des vidéos. On fait un stage. Du sport. On mange bien. Et tout se passe à merveille pendant un temps. Et puis un moment, on ne sait pas trop pourquoi, peut-être parce qu’on a trop joué et qu’on est fatigué, peut être parce qu’on a trop gagné, on se sent fébrile. On commence à faire des erreurs. De toute petites erreurs. Un continuation bet qu’on n’aurait pas du faire. Une mise river mal calibrée. Ça reste négligeable. On ne s’inquiète pas trop parce qu’on continue à gagner. Pourtant la fébrilité est toujours là. C’est une sorte de chaleur. Une accélération des pensées. Un agacement qui est là.  Une urgence… Mais on fait avec.

Puis il se passe quelque chose. Ça peut être un récréatif qui nous met une horreur. Ou un reg qui paie instantanément notre bluff avec la 3e paire. On a beau être sur internet, il a payé tellement vite qu’on pourrait presque voir le sourire narquois de celui qui nous a totalement crush… Et à ce moment, il y un déclic. Il se passe quelque chose. Le cerveau se débranche. 

C’est subtil. Tellement qu’on ne s’est rendu compte de rien. On est seul devant son écran. La musique continue. Quelqu’un qui aurait assisté à la scène de l’extérieur n’aurait probablement rien vu. On fait un rapide check up, et tout a l’air d’aller bien. Alors on repart au combat. On se dit qu’on reste concentré. Qu’on n’a pas été affecté.

Pourtant, on ne le sait pas encore mais quelque chose a pris le contrôle. Subrepticement. L’émotion. Cette émotion qui veut se venger. Qui veut gagner.

Au poker, on ne peut pas vraiment se venger. On ne peut pas non plus forcer les choses. Enfin si on peut. Ça va marcher un temps. Mais si en face on a quelqu’un de froid, d’organisé, et qui n’attend que notre erreur pour nous attraper, la vengeance aura vite un gout amer…

C’est un peu la main de trop. On réalise à ce moment qu’on est entrain de faire n’importe quoi et on décide enfin d’arrêter. Distraitement, on regarde où on en est dans la session et on se rend compte qu’on a perdu 8 caves. Quoi ?! 8 caves ! Jamais on aurait cru que c’était autant… On sentait bien qu’on était perdant mais 8 caves... 8 caves qu’on a mis une semaine  à monter et trois heures à perdre. 

la courbe du mois d’aout. Et son tilt final…

Je termine donc le mois d’aout avec une certaine amertume. Celle d’être à peine positif alors que j’aurais pu finir beaucoup plus haut. Bon. Relativisons. Si l’on met tout cela en perspective, on peut tout de même tirer un bilan positif de ce premier mois de grind. Certes je ne suis pas un énorme gagnant, mais je suis gagnant, alors que j’étais au mieux breakeven le mois dernier. Et puis, sans parler de résultat, je me sens beaucoup plus à l’aise techniquement, et beaucoup plus au clair avec mon plan d’attaque. Le stage à Malte y est pour beaucoup.

Hors poker, les choses se sont également améliorées puisque les objectifs que je me suis fixés commencent à porter leurs fruits : je fais du sport 3 fois par semaine minimum et je vois déjà mon petit bide d’architecte disparaître et d’étranges lignes qui ressemblent à des muscles se dessiner un peu partout sur mon corps. Je m’étais également fixé comme but d’apprendre 2 recettes par semaine, et je dois avouer que pour le coup, j’ai un peu lâché l’affaire, mais ça ne va pas durer.

Mes objectifs pour les deux prochaines semaines :

  • Continuer à bosser mon jeu tous les jours en regardant des vidéos et en faisant des revues de session.
  • Terminer les 2 heures de coaching qu’il me reste avec Julien, l’un des coachs de la plate forme.
  • Jouer 20000 mains.
  • Ne pas être trop rigide par rapport à cet objectif si je sens que je suis vraiment trop crevé, ou fébrile. M’autoriser des pauses. Le but n’est pas vraiment de faire des mains pour dire de faire des mains et me retrouver à jouer comme un robot ou pire, à tilter. Parfois, on va plus vite en allant plus lentement.
  • Continuer le sport 3 fois par semaine pour ressembler à Brad Pitt dans Fight Club.
  • Apprendre 4 nouvelles recettes.
  • Fêter mes 30 ans comme il se doit.

C’est impressionnant de voir avec quelle rapidité une vie peut changer.

Il y a encore trois mois, j’avais la désagréable sensation de perdre mon temps. De faire quelque chose qui n’avait plus aucun sens pour moi. Je passais mes journées à attendre le soir. Mes soirées à attendre le weekend. Mes weekends à me demander comment j’allais pouvoir enfin changer de vie.  Je voyais approcher le cap des trente ans avec angoisse. Ils arrivaient, pesants, culpabilisants. Ils sonnaient comme un bilan. Et même si les dernières années avaient été incroyablement positives, il restait ce tilt final qui me laissait une certaine amertume…

J’ai entendu beaucoup de gens dire que les trente ans, les quarante ans, les cinquante ans… Tous ces caps n’ont pas beaucoup de sens pour eux. Je ne peux pas dire que c’est mon cas.  Je crois que c’est précisément l’approche de ces trente ans qui m’a fait flipper. Qui m’a fait encore plus flipper que ma peur du changement, de l’inconnu, ou celle de me planter. Et qui m’a poussé à me botter le cul, arrêter de me poser des questions et rentrer dans l’action.

Demain, je fêterai mon arrivée dans ce fameux « âge adulte»  en me sentant en paix avec moi-même, pour la première fois depuis des mois. J’ai toujours cette angoisse de fond, je l’avoue. Je n’ai toujours pas de réponse à mes questions existentielles. Mais j’ai le sentiment que ce n’est plus aussi important désormais. J’ai à faire. Je vais voir comment construire cette range de 4bet light…

Jonathan S.

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